Orgue : Instrument de musique à vent, composé de nombreux tuyaux que l'on fait résonner par l'intermediaire de claviers, en y introduisant de l'air au moyen d'une soufflerie. "L'orgue [...] est un orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander, il peut tout exprimer" Balzac LES ELEMENTS DE L'ORGUE La console Le musicien joue de l'orgue assis à la console. poste de commande de l'instrument. Perché à la tribune et souvent caché. on ne peut le voir de la nef. Mais lorsque la console forme un meuble indépendant, dans une salle de concert par exemple, il est possible de voir le musicien. LES CLAVIERS Le nombre des claviers manuels est variable : deux, trois, quatre ou cinq. Dans les orgues anciennes, les deux claviers inférieurs présentent la même étendue, soit 50 à 54 notes : les deux claviers supérieurs se contentent parfois de 27 ou 32 touches. Dans les orgues modernes. ayant environ cent ans d'existence, tous les claviers ont 54 à 61 notes. Si l'on dénombre les claviers en partant du bas, le premier porte le nom de « grand orgue », le second, dont les tuyaux sont parfois placés au bord de la tribune, s'appelle le positif. Ces claviers peuvent parfois se présenter dans un ordre inverse. Le troisième clavier est celui du récit, le quatrième porte le nom de clavier de bombarde car il est réservé aux sonorités éclatantes, tandis que le clavier d'écho, le cinquième, fait entendre des jeux raffinés. Grâce aux accouplements, il est possible d'actionner les touches de plusieurs claviers à partir d'un seul. C'est une commodité pour l'organiste qui peut ainsi multiplier et varier ses plans sonores sans changer de clavier. L'organiste, à la différence du pianiste, peut utiliser ses pieds qui se meuvent avec agilité en agissant soit de la pointe, soit du talon sur le pédalier, réplique exacte du clavier, à une autre échelle bien sûr. et avec de larges touches de bois. Ce clavier-pédalier comporte actuellement 27 à 32 notes. Il est possible d'accoupler les différents claviers au pédalier grâce aux « tirasses » qui sont en nombre égal à celui des claviers. LE TIRAGE DES JEUX A droite et à gauche des claviers ou encore au-dessus du dernier clavier, au fronton, sont disposés un grand nombre de dominos et de tirants improprement appelés « jeux ». Mettre un jeu ou tirer un jeu consiste en effet à faire fonctionner un mécanisme qui permet de faire parler une rangée de tuyaux. A quelques exceptions près, il y a autant de séries de tuyaux qu'il y a de jeux à l'orgue, le nombre de tuyaux d'une série étant égal au nombre de touches des claviers. A l'aide de « tirants », souvent terminés par un bouton sur lequel est inscrit le nom du jeu (trompette ou bourdon par exemple), le musicien « appelle » le jeu et peut ainsi choisir ses sonorités suivant le morceau qu'il joue ou selon le caractère de telle ou telle partie d'une pièce. Quand le jeu est repoussé aucun son ne se produit lorsqu'on appuie sur les touches. D'autres boutons à portée des mains mais aussi des pieds, les « combinaisons », permettent d'enregistrer à l'avance les sonorités dont le musicien a besoin en cours d'exécution. Tuyaux et jeux Quand l'orgue est protégé par un buffet, les tuyaux visibles « en montre » garnissent ce buffet. Mais il existe des milliers d'autres tuyaux disposés à l'intérieur de l'orgue sur les sommiers. LEURS DIMENSIONS Ces tuyaux offrent une grande diversité de taille, en hauteur, en largeur ou en diamètre ; on appelle diapason les mesures et dimensions de chaque tuyau. Suivant une très ancienne coutume, le calcul se fait en pieds, le pied représentant trente-trois centimètres. Tel jeu est dit de seize pieds (on écrit 16') parce que le tuyau le plus grave mesure 16' de hauteur soit 5,28 m. Un jeu de 32' comportera pour l'ut le plus grave (ut 2) un tuyau de 10,40 m. Par contre les tuyaux les plus aigus peuvent atteindre 3/8 de pouce, soit un peu plus d'un centimètre. L'ensemble donne un spectre sonore qui couvre 10 octaves (le piano n'a que sept octaves) et qui va de 16 à 16 400 périodes. Si un tuyau est fermé par une calotte, il sonne à l'octave inférieure du tuyau ouvert de même dimension. Exemple : dans tel jeu bouché de 16 pieds, le tuyau le plus grave ne mesure pas 5,68 m, mais 2,64 m. Sur le bouton du tirant, à côté du nom du jeu, est inscrit un chiffre qui indique la hauteur du jeu dans l'échelle sonore soit 32', 16 ' , 8', 4', 2', ou 1'. Exemple : Bourdon 16', Montre 8', Prestant 4'. Doublette 2', Piccolo 1'. On note toujours la hauteur du tuyau joué par le premier ut des claviers manuels, lequel correspond au deuxième ut du piano. Ainsi, un jeu donnant un son correspondant à la hauteur réelle de la note indiquée est de huit pieds. Avec un 8', un 16' sonnera une octave plus bas, un 4' une octave plus haut en enfonçant les mêmes touches du clavier. Ce mélange donne au son une certaine richesse et il est possible d'ajouter aux jeux de huit pieds (8'), de nombreux autres jeux. La connaissance des jeux et de leur association harmonieuse (les bons mélanges...) fait intervenir la notion de registration. La différence de timbre entre les jeux provient essentiellement du mode de fonctionnement des tuyaux.
LES PRINCIPAUX TUYAUX Dans le tuyau à bouche, le vent entre par le pied en forme de cône, cône dont la partie large est soudée au corps du tuyau. A ce niveau est pratiquée une ouverture, la bouche, de faible hauteur, de forme rectangulaire et d'une largeur donnée. variable selon le caractère du jeu. A l'endroit de la soudure, à l'intérieur. se trouve une cloison que l'on nomme biseau. L'intervalle entre le biseau et la bouche se nomme « lumière ». Par cette lumière, le vent amené dans le pied s'échappe en se brisant sur le tranchant de la partie supérieure de la bouche, ou lèvre supérieure, et engendre des vibrations. Les vibrations dans le tuyau produisent un son dont la hauteur dépend de la longueur du corps, cette hauteur étant mesurée à partir de la bouche. Le travail de l'harmoniste consiste à faire « parler » le tuyau de la façon la plus favorable en réglant exactement les distances entre les deux lèvres et le biseau afin de trouver les vibrations les plus riches et capables de provoquer le son le plus pur et le plus ample. Ce travail demande beaucoup de savoir et d'expérience et constitue la partie la plus évoluée et la plus raffinée du métier de facteur d'orgue. Le tuyau à anche se compose : d'un pied conique dans lequel se trouve l'anche, d'un noyau, et d'un corps, nommé pavillon. L'anche elle-même est un conduit de métal fixe sur lequel est adaptée une lamelle dont l'extrémité inférieure est légèrement recourbée : la languette. L'air entrant par le pied du tuyau fait vibrer cette languette. Les vibrations sont amplifiées par le pavillon. Celui-ci, selon sa construction, peut aussi créer des différences de timbre. La rasette, mince tige métallique coudée à angle droit sur la languette, permet d'accorder le tuyau. En la descendant ou la montant, c'est-à-dire en raccourcissant ou en rallongeant la languette, on modifie la hauteur du son.
Sommiers et mécanique Toute la tuyauterie de l'orgue repose sur des sommiers, sortes de grandes caisses de structure complexe qui reçoivent l'air nécessaire à faire parler les tuyaux. Pour un seul clavier, on dispose de deux sommiers sur lesquels les tuyaux progressent par tons entiers, le côté ut et le côté ut dièse. Le sommier est d'abord composé de la << laye » où s'emmagasine l'air et où manouvrent des soupapes actionnées par les touches des claviers. Quand celles-ci s'abaissent, elles laissent pénétrer l'air dans la gravure, long canal central correspondant à une note. Les gravures sont délimitées par une série de cloisons parallèles. Au-dessus des gravures est plaquée la table percée de trous correspondant aux rangées de tuyaux ou jeux, et aux notes. Cette table est surmontée d'un registre mobile qui coulisse comme un tiroir plat percé de trous et correspondant à un jeu. Le registre supporte la chape percée de trous identiques. Pour faire parler les tuyaux, on abaisse les touches, mais on doit manouvrer à l'avance le registre. Lorsque celui-ci est tiré, ses trous correspondent à ceux de la table et de la chape : l'air peut donc faire chanter le jeu choisi. L'ABRÉGÉ L'abrégé fait partie de la « traction », dans les orgues à transmission mécanique. Des soupapes aux claviers, ce mécanisme est composé de rouleaux horizontaux et de vergettes verticales permettant de relier les unes aux autres les diverses articulations. Il réduit la longueur existant entre le sommier et les claviers, en déplaçant latéralement le mouvement d'enfoncement des touches du clavier. En effet, le clavier d'un orgue atteint au maximum une largeur de 78 cm et son action doit aboutir à la base des tuyaux posés sur des sommiers de plusieurs mètres de largeur. L'abrégé peut être parfois remplacé par un système pneumatique ou électrique. LA VENTILATION L'alimentation en air est assurée par un ventilateur électrique. Entre le ventila teur et les sommiers se situent les réservoirs qui emmagasinent l'air. Une pression d'air régulière et parfaitement mesurée est indispensable pour une bonne sonorité des tuyaux. Les réservoirs sont aussi appelés régulateurs, car ce sont eux qui assurent la régularité et la précision de la pression d'air, grâce aux poids dont on les charge. Dans les instruments de l'époque classique, la pression est basse. Elle doublera dans les orgues du XIX e siècle. Aujourd'hui, la tendance est au retour à la basse pression, pour des raisons d'esthétique sonore.
Orgue J. Boizard (1714) Saint Michel en Thiérache Tous droits réservés © 2004-2008 |